FRAC Grand Large

Hauts-de-France

Glissements de Nicolas Deshayes

18.09.2021 — 13.03.2022

Frac Grand Large — Hauts-de-France

Nicolas Deshayes réalise des installations, des sculptures, des bas-reliefs et des images. Il s’intéresse aux systèmes circulatoires, tuyauteries domestiques, productions industrielles et processus artisanaux.

Né en France en 1983, il a étudié au Chelsea College of Art and Design et au Royal College of Art à Londres avant de s’installer à Douvres dans le Kent. Alors que son œuvre rencontre un écho grandissant au Royaume-Uni, en Allemagne et en Italie, il présente sa première exposition monographique en France en deux lieux : au Frac Grand Large de Dunkerque, un regard sur dix années de production; au centre d’art du Creux de l’enfer à Thiers, Nicolas Deshayes développe des ensembles d’œuvres issus de nouvelles expériences plastiques menées en fonderie d’art et en thermoformage. Réalisées à partir de la fonte de différents métaux et plastiques, les œuvres jouent de grossissements organiques et de recherches de matières inédites, trouvant un écho avec la puissance des sites, celui de la Vallée des usines en Auvergne et les sites industrialo-portuaires du littoral dunkerquois.

Nicolas Desyahes, Molars, 2015 © Courtesy de l’artiste, Modern Art, Londres. Photo : Robert Glowacki

Depuis dix ans, Nicolas Deshayes s’applique à corrompre les moyens de production industriels en introduisant des techniques artisanales et des réactions chimiques qui rendent chacune de ses œuvres uniques. Lorsque l’artiste coule de l’aluminium, de la fonte, ou les matières plastiques, il introduit des accidents et produit des effets qui rappellent des formes organiques.

Au cœur de l’exposition au Frac Grand Large, des radiateurs en fonte reliés à une chaudière se présentent sous la forme de boyaux ou d’intestins comme si ces objets voulaient montrer leurs entrailles. Traversés par l’eau qui les anime et les relie l’un à l’autre, ils dessinent une œuvre réseau déployée à l’échelle de l’espace investi. Thames Water (2016) invite ainsi le spectateur à se réchauffer. Ces radiateurs aux lignes boursouflées se nouent et se dénouent de manière exubérante, déviante. Ce surplus de matière et d’entrelacs représente une « dépense improductive » et révèle, si l’on suit la théorie de l’écrivain et philosophe Georges Bataille, un point aveugle de la croissance, « la part maudite » inhérente à tout système de production.

Une autre série de pièces, constituée de variations de formes et de contre-formes en céramique, renvoie à l’univers domestique de la salle de bain, à la fois aseptisé et teinté d’une froide sensualité. Pour chaque objet, l’artiste pousse l’abstraction à son point limite quand il est encore possible de reconnaître des fragments anthropomorphes – ventres, seins, postérieurs, sexes. Issue de cette série, Swan (2018) est une double sculpture en terre cuite émaillée dont l’apparence oscille entre la forme d’un lavabo destiné à l’évacuation des eaux usées et la partie immergée d’un cygne symbole de pureté. Rappelant les personnages d’Ovide, ces objets de désir, en cours de métamorphose, incarnent des formes de transgression à l’instar de Lupa (2018), en aluminium moulé, qui s’inspire de la légende de la fondation de Rome et dont l’image semble hésiter entre des mamelles et des obus.

Le titre de l’installation Le Chant du Styrène (2013) est un hommage au film éponyme d’Alain Resnais, réalisé pour l’entreprise Pechiney, sur la fabrication des plastiques modernes, qui rappelle leur origine fossile. L’œuvre de Nicolas Deshayes immortalise par un moulage en aluminium des plaques de polystyrène bon marché déjà utilisées, traitées ou recyclées. Ce matériau souvent utilisé pour les décors de films présente des reliefs différents qui font penser à des courbes de niveau mettant en scène leur lente érosion. Accrochés à des barres en acier, ces volumes flottants et ambigus mettent en tension un processus de fabrication industriel qui laisse songeur quant à l’épuisement des ressources naturelles.

Vue de l’exposition « Glissements » de Nicolas Deshayes, 2021, Frac Grand Large— Hauts-de-France, Dunkerque
© Collection Frac Grand Large— Hauts-de-France / Courtesy de l’artiste, Modern Art, Londres. Photo : Pierre Antoine

Si dans les œuvres de Nicolas Deshayes le corps est souvent suggéré ou courtisé, il apparaît de manière plus évidente dans l’installation Jetsam Ennui (2013). Des bustes anciens en bronze sont posés sur des tables en aluminium anodisé réparties dans l’espace et figurent tels des baigneurs indifférents à leur propre dérive. Dans cette installation, le spectateur fait corps avec l’œuvre alors que face aux panneaux Molars (2015), il occupe une position de voyeur. Cadrés comme de larges fenêtres donnant sur une rue, ces panneaux émaillés ne retiennent des passants que des silhouettes sans visages et des instants volés.

Dans les œuvres plus récentes de l’artiste, le corps humain disparaît derrière ses cellules, ses membranes et ses poils. Zoomant à l’intérieur du corps, la série des Vein section (or a cave painting) (2015) recrée, par la chimie des émaux vitrifiés, les images d’un flux sanguin que Nicolas Deshayes associe à des peintures rupestres. La série Dear Polyp (2016) convoque, quant à elle, des excroissances organiques mais peut-être est-ce aussi un renvoi tautologique au « polyptyque ». Nicolas Deshayes s’en remet aux matériaux qu’il laisse en partie s’exprimer par dilution, coulures ou concaténations. Il conçoit des partitions faites d’improvisations de formes, de couleurs, de rythmes et de textures. Des masses prolifèrent, menaçantes ou mystérieuses, mais l’éclat chatoyant des couleurs laisse deviner une certaine vulnérabilité.

Equivoques, symboliques, triviales ou poétiques, les œuvres de Nicolas Deshayes adoptent un langage qui nous est familier, à la fois domestique et banal, parfois drôle ou inquiétant, mais toujours nourri de paradoxes. Bien que très diverses formellement, ses œuvres donnent au visiteur différentes perspectives sur les porosités des corps, des matières et des objets, et ce qui circule entre eux.

Vue de l’exposition « Glissements » de Nicolas Deshayes, 2021, Frac Grand Large— Hauts-de-France, Dunkerque
© Courtesy de l’artiste, Modern Art, Londres. Photo : Pierre Antoine

Cette première exposition monographique s’accompagne d’un second volet, intitulé « Gargouilles », visible au centre d’art contemporain Le Creux de l’enfer à Thiers (du 23 octobre 2021 au 6 février 2022 – vernissage le vendredi 22 octobre à partir de 19h) et à la galerie Emergent à Furnes en Belgique (du 20 février au 17 avril 2022).

L’intérêt de Nicolas Deshayes pour le corps et les variations organiques qui jalonnent son œuvre l’a conduit à explorer plusieurs techniques de mise en forme du métal et des plastiques à travers de nouvelles séries d’œuvres.

Organe de surface et d’échange entre intérieur et extérieur, la peau a été investie comme un territoire d’exploration formelle. Des points de vue rapprochés sur des surfaces lisses ou en relief, plissées, ridées, parfois trouées et parsemées de poils lisses et ondulants, échafaudent d’étranges paysages épidermiques réalisés en bronze.

Fasciné par la nature des matières les plus nobles comme les plus populaires, Nicolas Deshayes a trouvé un écho insoupçonné avec la ligne de production de thermoformages médicaux produits par l’entreprise Cartolux à Peschadoires, près de Thiers, avec lesquels il a réalisé des éléments plastiques imprimés s’assemblant par modules comme un corps déployé à l’échelle de l’espace.

L’exposition « Gargouilles » appelle aussi une réflexion poussée sur ce qui fait corps humain et corps prothèse et jusqu’où l’humain s’investit dans le prolongement de l’organe.

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Photo : Massimo Lenzo

Le Creux de l’enfer, un centre d’art dans deux anciennes usines

Depuis 1988, le Creux de l’enfer est un acteur incontournable du paysage des centres d’art contemporain français. C’est une association loi 1901 aujourd’hui labellisée « centre d’art contemporain d’intérêt national ». Situé dans le site emblématique et saisissant de la Vallée des usines de Thiers, dans le Puy-de-Dôme, chargé d’histoire et de légendes où dominent encore le bruit des marteaux-pilons et le rugissement des flammes, le Creux de l’enfer est traversé par la Durolle, un torrent déferlant qui résonne continuellement dans l’espace, auquel aucun artiste, aucun visiteur ne peut être indifférent.

Acteur tout à fait atypique en France, le Creux de l’enfer accompagne les artistes dans leur recherche et la production de leurs œuvres, se révélant comme un lieu d’expérimentation propice à l’émergence d’œuvres souvent inédites, portées par des artistes renommés ou émergents. Le centre d’art conçoit ainsi des œuvres remarquables et plusieurs expositions temporaires par an, tout en facilitant tous les jours le lien avec les publics par des actions de médiation et des projets de territoire.

En 2021, le Creux de l’enfer s’agrandit et déploie son projet artistique et culturel dans un nouveau bâtiment jouxtant l’actuel site. La mise à disposition de l’Usine du May par la Ville de Thiers permet au centre d’art d’accroître sa surface d’exposition et d’accueillir de nouveaux projets proposant différentes expériences de partage artistique en lien avec des acteurs du territoire.

Avec le soutien de Fluxus Art Projects et The Electric Heating Company.

Date()s

18.09.2021 — 13.03.2022

Documents à télécharger

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