FRAC Grand Large

Hauts-de-France

DIPLÔMES, À SUIVRE.

28.10.2021 — 02.01.2022

Frac Grand Large — Hauts-de-France

Avec les œuvres de : Thibault Barois, Oksana Baudemont, Alexis Bens, Victoria Carré, Clara Carpentier, Geoffroy Didier, Apolline Ducrocq,
Amine Haddadi, Elina Kastler, Hao Li, Shuxian Liang, Victor Louchart, Yanping Lu, Lucie Marchand, Caroline Pichon, Margaux Ribeaucourt, Hanna Selvi Dahan, Séraphim Soupizet et Mathurin Van Heeghe

Commissaires : Galerie Rezeda

Vernissage au Frac le jeudi 28 octobre, 18h
Rencontre avec les artistes le samedi 20 novembre, 16h

La promotion DNSEP 2021 — Diplôme National d’Expression Plastique — de l’École Supérieure d’Art | Dunkerque-Tourcoing présente dix-neuf projets de fin d’études au Frac Grand Large avec le commissariat des artistes de Galerie Rezeda.

Les travaux des ces jeunes artistes signent le passage entre cinq années d’études et le début de nouvelles expériences professionnelles.

L’exposition offre un panorama fidèle et exigeant des talents de la jeune création artistique régionale, récemment diplômé.e.s, et met en lumière une génération émergente d’artistes aux pratiques variées : arts plastiques, arts numériques, vidéo, photographie… Elle est également pensée comme un véritable tremplin professionnel.

La frontière peut sembler mince, mais elle prend parfois l’aspect d’un gouffre, entre ce temps d’études, de formation au sein du cocon de l’Esä et l’appréhension soudaine et directe des réalités de la vie d’un·e jeune artiste. C’est souvent la première année après le diplôme où se mettent en place toutes les choses nécessaires à la vie de l’artiste. Parfois ce sont de petites choses très matérielles liées au quotidien. Et puis ce sont aussi les grandes premières qui peuvent être la première exposition de groupe où l’artiste n’est plus étudiant·e, la première résidence d’artiste, la première exposition seul·e, la première confrontation au public qui n’est plus constitué seulement des camarades et des professeur·e·s, les premières rencontres avec des professionnel·le·s sans l’encadrement bienveillant de l’école.

L’exposition des jeunes diplômé·e·s de l’Esä | Dunkerque-Tourcoing au Frac Grand Large — Hauts-de-France est une de ces grandes premières pour nos jeunes diplômé·e·s qui ne sont déjà plus étudiant·e·s. Ce sont leurs premiers pas dans le monde de l’art et pour ces débuts, ils·elles ont la chance exceptionnelle de les faire dans une des plus belles institutions artistiques des Hauts-de-France, dans ce Frac qui a vue sur mer et qui donne à cette exposition la couleur des embarquements pour les voyages lointains. Ils·elles partiront donc de Dunkerque à la conquête de nouveaux territoires. Nous ne pouvons que nous réjouir de cette belle opportunité et suivrons leurs aventures.

Je tiens à remercier Keren Detton et toute l’équipe du Frac pour cette opportunité offerte aux diplômé·e·s de l’Esä, les commissaires de l’exposition Diplômes, à suivre. Galerie Rezeda, Adeline Duquennoy & Manuel Reynaud, mais aussi les Villes de Dunkerque et de Tourcoing, la Région Hauts-de-France et l’État qui soutiennent les formations d’excellence dans le champ de l’art qui sont proposées à l’Esä. Je souhaite à toutes et à tous de belles découvertes lors de la visite de l’exposition des diplômé·e·s de l’Esä.

Thierry Heynen
Directeur Général de l’Esä | Dunkerque-Tourcoing

Thibault Barois

Parallaxe

L’expérience visuelle de l’architecture est celle de la parallaxe, c’est-à-dire de la superposition des plans permise par la vision binoculaire. J’ai voulu réinterprété ce phénomène autour d’une structure en acier reconstituant une sorte de motif élémentaire de mobilier urbain. Les lignes se croisent et se décroisent au fil de la marche et s’ajoutent à celles de la galerie et de la ville. De la même manière qu’un prisme révèle les couleurs renfermées dans la lumière blanche qui l’irradie, Parallaxe tente de décrypter les perspectives qui l’entourent tout en imposant la sienne.

Thibault Barois, Parallaxe, 2021 © Thibault Barois

Oksana Baudemont

Mégabenthos

Mégabenthos est une installation faite de gravures sur bois imprimées sur du voilage où chaque motif gravé a été travaillé en fonction d’influences sous-marines et végétales principalement. Grâce aux tissus translucides, ils peuvent apparaître plus ou moins clairement en fonction du déplacement du spectateur dans les couches de voilages suspendus. La légèreté et la fluidité de ces tissus favorisent également leur ondulation face aux mouvements du spectateur en son sein.

Le titre de l’installation vient du mot benthos qui qualifie l’ensemble des organismes aquatiques vivant à proximité des fonds marins. Ces organismes sont classés selon leur taille : il y a le microbenthos comme les coraux, le meiobenthos et enfin le macrobenthos. Ce sont donc des organismes vivants, très petits et comme les motifs que j’ai créé sont assez grands comparés aux espèces du benthos, j’ai créé le néologisme Mégabentho pour signifier leur disproportion mais aussi pour les inclure dans un biotope qui existe déjà (le benthos) et qui a influencé ce projet.

Oksana Baudemont, Mégabenthos, 2021 © Oksana Baudemont

Alexis Bens

Atlantís

Le mythe de l’Atlantide est un récit décrit par Marwan Rashed comme étant aujourd’hui encore entouré d’un halo séduisant de mystère. Source de fantasme sur une civilisation hautement développée qui aurait disparu, selon Platon, en l’espace d’un seul jour et d’une seule nuit, sous les eaux de la mer Méditerranée.

Lecture contemporaine de ce mythe, Atlantís est une installation qui propose aux spectateurs une expérience immersive, visuelle et sonore. Par-delà la temporalité qui sépare cette fiction de notre réalité, l’eau est un dénominateur commun au phénomène de la montée des eaux. Allant de l’imperceptible goutte au torrent assourdissant, l’artiste développe une palette des caractéristiques acoustiques de l’eau pour construire et composer cet événement insaisissable à échelle humaine.

Comme le tourbillon d’un flux en accélération, la sculpture composée de 3 modules, s’étend sur plus de 2 mètres en circonvolution, opérant un jeu sur l’état et la temporalité de l’eau, ralentie, figée. De celle-ci émane le déroulé sonore d’une catastrophe à venir qui se répand peu à peu au reste de l’espace d’exposition.

Ce projet a été réalisé en collaboration avec l’École Supérieure des Arts de Mons, ARTS.

Alexis Bens, Atlantís, installation sonore, 220 cm x 160 cm x 65 cm, impression 3D, PLA, PVC, bois, haut-parleurs, pré-amplificateur, 2021. © Alexis Bens

Victoria Carré

Ces sculptures biomorphiques sont des mutations qui n’ont pas d’autre instinct que la survie. Leurs rapports entre l’extérieur et l’intérieur, l’organique et son enveloppe, deviennent poreux et perméables. Mon souhait a été de créer un artefact qui ne fasse pas seulement face aux Hommes, mais qui puisse être capable de s’exprimer. Il permettra chez les sujets qui y poseront leurs yeux, d’enclencher une intuition à la fois fabuleuse et très singulière. Ces sculptures nous content un mythe, celui du magicien, du génie et du héros. Elles s’érigent comme une comédienne, vivifiant l’ombre de l’humanité.
Ces formes statuaires sont à la recherche d’une expérience propre, permettant un voyage dans les abysses de nos perceptions et de nos croyances. Elles se posent des questions métaphysiques, du genre, de l’espèce, de la biologie du corps. Les éléments mémoriels prennent également une valeur d’indice. La vie se poursuit, les formes et notre regard évoluent aussi.

Ce travail est marqué par nos capacités de côtoyer et de créer de nouvelles corporéités pouvant se greffer à notre vie. Ces dernières apparaissent dans des espaces d’illusion ou de perfection, qui tous deux se nourrissent d’angoisses et de fantasmes.
Ce projet artistique s’ancre dans une philosophie dont la création de notre réalité propre est rendue possible notamment à travers la sculpture et le dessin, où les expérimentations peuvent s’y développer et s’y libérer. Mêlant science-fiction, nouvelles technologies, médecine à une compulsion artistique, nous révélons des notions liées à la transcendance et à la spiritualité. Poussés à leurs extrêmes, nous jonglons entre le rapport à la chair et à la mort jusqu’à sa transgression et son châtiment.
C’est une véritable recherche autour de la forme, de la composition, de la couleur, du matériau et de l’occupation de l’espace. L’organicité, la dimensionnalité et la tension sont des notions sur lesquelles j’ai orientées mon regard et ma pratique depuis plusieurs années. Ainsi, il en résulte un hommage à la fragilité de la vie dans ses chairs et se matérialise sous des formes fantasmagoriques.
Je recherche des moments privilégiés et intimes avec le spectateur afin qu’il se questionne sur ce qu’il lui est donné à voir et ce qui aurait le souci d’être honoré. L’idéal fait place à l’entropie, aux chaos des contradictions, à la multiplicité et à l’inachèvement.

Clara Carpentier

Cappelli

Cappelli est une performance déambulatoire et récitatoire. Trois personnes prennent chacune possession d’un chapeau, le disposent sur son crâne, et commencent à réciter une partie du Message Millénaire de Saverio Lucariello en marchant sous la contrainte de ces chapeaux lourds et encombrants :

« On se rapproche à des époques de sentiments fluides
La transmission fluide sera notre point focal, notre dernier but
Il faut se préparer aux frises, il faut se préparer aux dentelles
On va vers l’époque des relations émoussées
Epoque d’angles arrondis, époque de relations capitonnées
Nous avons une futurologie devant nous, nous avons un futur devant nous
Nous avons une futurologie qui lèche tout
Notre présent est un présent qui suce et qui est sucé par ces images mêmes
Oui je n’en peux plus… Oui… C’est ça
Bouillasse millénaire
Bouillon de fin de siècle…
Ciao. »

Lorsque la récitation est achevée chaque personne redépose le chapeau. Les chapeaux sont alors exposés au sol en tant que sculpture. Les chapeaux sont constitués d’un assemblage d’anciens abat-jours industriels et d’une taule d’acier. Chacune de mes productions est une réflexion entre sculpture et performance, entre objet et action, forme statique et forme mobile.

Clara Carpentier, Cappelli, 2021 © Théotime Dupas

Geoffroy Didier

Cliodynamique

Les motifs représentés dans Cliodynamique nous renvoient aux frises de carreaux de ciment qui ornent les façades des maisons bourgeoises, habillent les sols des habitations, etc. Vestiges d’un passé florissant, ces éléments d’architecture évoquent une période de prospérité économique et industrielle. Par sa dimension cyclique, le motif nous renvoie ici à l’histoire du territoire et aux différentes crises ayant marquées la ville de Roubaix tout en évoquant les processus de reconstruction industrielle et de redynamisation.

Et si l’histoire obéissait finalement à des cycles ? C’est la question qu’appréhende le domaine de recherche de la ‘‘cliodynamique’’, qui vise à appliquer des schémas mathématiques à la lecture de l’histoire. En rassemblant et en faisant dialoguer ensemble plusieurs domaines de recherche, Cliodynamique nous propose une nouvelle lecture, plus poétique de l’histoire du territoire du bassin textile.

Les séquelles encore visibles de ces crises et la politique de réhabilitation du bassin industriel textile se matérialisent dans Cliodynamique par la composition en marqueterie utillisant des matériaux de chantier : des planches de bois semblables à celles qui obstruent les fenêtres des bâtiments désaffectés, des meubles abandonnés sur les trottoirs et autres bois rejetés çà et là.

Cliodynamique met en scène le vocabulaire plastique et esthétique du chantier : sangles, bois de rebut, etc.
Entre construction et déconstruction – mi-chantier mi-ruine – cette installation évoque dans sa forme et sa symbolique la temporalité si particulière de l’espace urbain et cette dimension cyclique qui lui est propre ; que Robert Smithson évoquait en caractérisant le chantier de ‘‘ruine à l’envers’’.

Geoffroy Didier, Cliodynamique, marqueteries de bois de rebut, sangles, dimensions variables, 2021

Apolline Ducrocq

Pamesa grès porcelanico pulido/polished

Pamesa est le nom inscrit sur un carton de carrelage encore plein retrouvé dans l’abri de jardin d’une vieille maison. J’ai utilisé ce surplus pour y sérigraphier une image que j’ai faite lors de la rénovation de son sol.
L’image, un amas de débris regroupant mortier, morceaux de carrelages et briques, une fois imprimée parle de gestations de matériaux et de formes environnantes sur un chantier en rénovation.
Ce sol, après destruction, devient un tas de gravats errant dans ce jardin qui relie cet abri à cette maison en travaux. Pamesa est une sorte de mise en abyme du sol.

Apolline Ducrocq, Pamesa grès porcelanico pulido/polished, carrelages de grès sérigraphié 136×204 cm, Dunkerque 2021 © Apolline Ducrocq

Amine Haddadi

Au fil de la ligne

L’expérience sensible est la perspective que j’adopte pour chacune de mes productions plastiques.  Avant toute pièce il y a eu une expérience dont je tente de restituer certains traits sous différents médiums. J’emprunte pour cela un langage proche de la poésie concrète, en prenant l’écriture, relevant aussi bien des mots que des formes plastiques. Mon champ d’exploration s’ouvre donc sur celui du réel, c’est-à-dire de l’ordinaire extérieur à l’art et interroge les « lieux de l’entre » : là où les catégories de la nature ou de la culture n’opèrent plus pour donner du sens.

Affectionnant particulièrement l’expérience contemplative dans cette approche, le plateau du Belvédère du Frac est une aubaine pour cela par son ouverture sur le paysage marin. Ceci m’a poussé à choisir mes créations les plus abstraites et à assumer l’absence de référence à un autre site dans l’espace d’exposition.

Au fil de la ligne est une pièce qui associe la peinture et la sculpture pour explorer le potentiel esthétique d’un motif minimal qui est celui de la ligne droite.

Peinture : Cette trajectoire sans surprise constitue « l’événement » possible sur le tissu par le geste de la couleur (qui n’est pas acquis sur la toile contrairement à l’aplat) et son agencement sur la surface. Les lignes de plein se suivent en rétrécissant de moitié, de même pour les intervalles qui les séparent. Il s’agit pour moi d’observer ce qui se produit dans l’espace de ces interstices, de la manière dont les bordures interagissent avec leurs différentes valeurs comme deux cordes de guitares peuvent vibrer par sympathie. Dans l’espace de la réserve les blocs de couleurs se séparent ou se rapprochent suivant notre perception créant par là une perspective, un horizon par le symbole et par l’expérience analogue qui s’y produit.

Sculptures : Des murs ont marqué mes souvenirs d’enfance : en particulier celui en parpaing que l’on traversait à toute vitesse le long d’une zone industrielle, me donnant une dose quotidienne de vertige au retour de la crèche. Les constructions issues de la standardisation et du zoning urbain ont instauré des espaces de vie enclos et anonyme. Pour autant, les surfaces qu’elles exhibent m’ont interpellé : leurs imperfections, leurs matériaux ou les traces qu’elles portent devenaient le caractère infime du lieu. Ces sculptures indéfinies sont une réification de cette expérience, objet d’apparence hermétique qui invite discrètement au regard, au toucher et à un questionnement sur la temporalité des formes qui nous entourent. Inspirées par le monde du bâtiment ; des barres résidentielles ou des éléments d’une architecture brute, j’ai voulu créer une forme normée par la géométrique avec un procédé aussi incertain que celui de couler dans du carton.

© Amine Haddadi

Li Hao

Moi et mon père

La vidéo montre un dîner avec mon père, il est décédé en Chine à cause du Covid-19. Depuis lors, ma communication avec mon père a dû traverser une dimension. J’ai imaginé notre rencontre en fouillant dans ma mémoire. Le dîner était la seule occasion pour moi de communiquer avec mon père, mais d’aussi loin que je me souvienne, mon père et moi n’avons pratiquement jamais parlé à table et j’ai toujours ressenti le désir d’apprendre à nous connaître à table. Mais nous ne nous parlions pas, pour moi, c’était une sorte de communication silencieuse. Je peux sentir une chaleur à table, pour moi la table est un véhicule qui sent l’amour de mon père.
La peinture est très importante dans ma carrière universitaire, elle est le point de départ de ma compréhension de l’art. J’explore le contexte de ma vie à travers diverses formes de peinture. J’essaye différents médias pour créer mes peintures.

Li hao, Moi et mon père, 2021 © Li Hao

Elina Kastler

Sosuke

Ce film raconte l’histoire de Sosuke, jeune lycéen rencontrant des difficultés de communication avec son entourage. Il est très attaché à son vélo, l’utilisant pour son travail à temps partiel, et le considérant comme une réelle personne. Le lycée se termine bientôt et il doit choisir son orientation future. Cette pression l’oppresse intérieurement et le mène à un accident de vélo qui mettra sa santé en danger. Cet événement lui donnera l’opportunité d’affronter la chose la plus difficile au monde : lui-même.

Elina Kastler, Sosuke, film, 2020 © Elina Kastler

Shuxian LIANG

Stand-up!

C’est une installation photographique réalité augmentée composée de trois photos en noir et blanc.
Les feuilles sont déjà mortes et les épingles transforment leur apparence. Cependant, par le prisme de la réalité augmentée, la feuille revient à la vie. Ce projet entend redonner une seconde vie aux feuilles. Avec l’avancement et le développement de la technologie, peut-être accepterons-nous un jour une autre forme de vie artificielle. Mais est-ce la forme de vie que nous voulons ?

Shuxian Liang, Stand-up! , 2021© Shuxian LIANG

Victor Louchart

Sans Titre

Remarquant les différentes utilisations des modules de street workout, surtout la façon dont les enfants explorent les structures par le jeu ; j’ai moi-même voulu expérimenter une nouvelle façon d’appréhender une structure inconnue, et développer une gestuelle technique et fluide, en corrélation avec un agrès pour exprimer la toute puissance du corps. Une fois l’armature de fer à béton finie, je me suis essayé à la découvrir comme un enfant explorant un agrès de gym, et à construire avec les possibilités qu’elle m’offre, un mouvement complet constitué de plusieurs éléments gymniques et de street workout combinés. Comme dans ma pratique de gym, j’ai essayé de construire un enchaînement et de le perfectionner jusqu’au jour de la performance.

Victor Louchart, Sans Titre, 2021 – Photographie numérique – Projection murale 356 x 255 cm © Victor Louchart

Yanping Lu

Les regards

Cette vidéo installation questionne les regards sur l’écran, le voyeurisme et l’insécurité dans l’environnement virtuel. D’abord, cette œuvre critique le phénomène de l’hyper-connexion des humains. Chaque seconde, il y a beaucoup d’yeux qui regardent un écran. Les humains passent de plus en plus de temps sur leur écran.
Et puis, quand on regarde les informations des autres, il y a d’autres personnes qui nous regardent en même temps. Dans l’environnement virtuel, tout le monde est exposé, est observé, par différentes personnes qu’on ne connaît pas. La technologie rend notre communication plus rapide, on pourrait recevoir beaucoup d’informations, messages, appels. Cependant, parmi eux, il y a beaucoup de messages, des appels frauduleux et promotionnels. Internet rend notre vie privée, publique et transparente, nos informations deviennent non sécurisées. Ces trois éléments me donnent une impression horrible, comme plusieurs yeux qui nous regardent dans cette vidéo.

Yanping Lu, Les regards, 2021 © Yanping Lu

Lucie Marchand

Mémoire

Cet artéfact encore visible nous ouvre vers un passé. Interprétant un rôle d’archéologue, j’ai voulu révéler de nouvelles formes et évoquer un souvenir de la ville de Dunkerque.
Ce rail, présent sur le môle 1, nous raconte une histoire, un vécu et nous montre comment la ville a évolué. On peut décrire Dunkerque comme un lieu fortement industrialisé. Toutes les usines sont cependant réunies au même endroit et le lieu de cette empreinte n’est pas dans ces lieux car c’est l’ancienne zone industrielle, aujourd’hui réhabilitée. Ce rail apporte une mémoire industrielle où je viens poser plusieurs interrogations. Comment était cette ville aux mille rails qui transportait les matériaux du port au point de stockage avant d’être redistribués à travers les wagons marchands. Comment était cette ancienne ville que je n’ai jamais connue.
Sous cette forme on remarque des fissures, de la végétation, de l’asphalte qui entoure ses rails plus ou moins vieux, et le tout apporte une marque temporelle qui nous ouvre à de multiples interprétations…

Lucie Marchand, Mémoire, empreinte d’un rail sur silicone 250 x 75cm, Installation 210 x 111 x 20 cm, Dunkerque 2021 © Lucie Marchand

Caroline Pichon

Suspendus

Lors de l’été 2020, j’ai rencontré un petit groupe d’adolescents dans un petit village d’Isère, à Pont-en-Royans. Ils pratiquaient ce qu’on appelle le Cliff-Jumping. Je n’avais ce jour rien pour capter toute l’ambiance qui gravite autour de leurs besoins de frissons. Cette innocence qui bascule dans l’inconscience lorsqu’ils se jettent de plus de 20 mètres de haut. C’est un paysage particulier, on l’appelle « les maisons suspendues », et ils y accrochent leur corps jusqu’à se laisser tomber dans des chutes vertigineuses qui se trouvent être un véritable spectacle pour tous les passants. Évidemment, le plongeon y est strictement interdit, tant il est dangereux, et pourtant, ils sont des centaines à s’y jeter à corps perdu.
Été 2021, je reviens, avec mon appareil photo et je m’immisce des après-midi entiers entre eux, et leur soif d’adrénaline.

FEU

J’ai eu l’occasion de prendre part au feu de la Saint-Jean d’un petit village de Picardie où les adolescents semblent s’être appropriés cette tradition païenne jusqu’à en transformer le cheminement. Les grandes lignes de la tradition villageoise sont encore présentes mais autour d’elle est née une constellation d’excroissance.
La plus remarquable est la suivante : les adolescents vont extirper des branches encore brûlantes du feu de joie pour pouvoir noircir leurs mains, et le visage de leurs camarades et des villageois de cendres encore chaudes. Débute alors une course sauvage et effrénée, donnant une ambiance digne de « Sa majesté des mouches ».

Caroline Pichon, Feu, 2020 © Caroline Pichon

Margaux Ribeaucourt

Couronnes-vestiges

Mermérosité : faire le deuil des instruments de pouvoir et de domination.

La mermérosité est le sentiment de nostalgie, de mélancolie, un état chronique d’inquiétude au sujet de l’extinction du monde tel que nous le connaissons et de son remplacement par des éléments perturbants.
C’est le sentiment d’un deuil anticipé de notre environnement socio-géographique connu.
La mermérosité nous rend enclin à nous attacher à des derniers vestiges, de dernières icônes de l’ancien monde, des dernières marques rassurantes de l’ère Anthropocène.
Pour une nouvelle société, il faudrait réussir à abolir les relations de pouvoir et de domination de l’homme sur la nature et sur le vivant dans sa globalité.
Pour mettre fin à notre système toxique d’oppression et de domination, certain·e·s prônent la décolonisation globale de l’individu.
Pour cela, il faut que l’homme se détache de l’anthropocentrisme, de l’eurocentrisme, du racisme, du sexisme, du classisme, de l’hétéronormativité, du spécisme, etc.
Si les rapports de pouvoir semblent souvent cristallisés, figés, immuables, la couronne, symbole du pouvoir, devient un objet fragile, ne tenant qu’à un fil, celui de notre attachement au connu. Le verre rend compte à la fois de cette fragilité, de la préciosité, de la sacralisation et de l’inertie des rapports de pouvoir.

Margaux Ribeaucourt, Couronnes-vestiges, verre thermoformé, 2021, photo : Louis Bazin © Margaux Ribeaucourt

Hanna Selvi Dahan

Fissure

Cette installation est composée de trois pièces non cuites en argile, se tenant debout. En arrière-plan, un son traduit l’application des gestes sur l’écorce des arbres. Mon travail est animé par l’idée de la transmission et de sa fragilité, dans le sens où quand elle se rompt on perd une partie de l’héritage. En témoigne, à travers ce rituel, une forme de transmission familiale telle la cuisine, la langue, les gestes ou les récits. Ce travail plastique exprime cette tension : comment préserver ce qui est à la fois fragile et fondamental ? Je transpose cette réflexion à travers les végétaux et la symbolique de leurs racines. Le lien qui existe entre eux évoque celui que nous avons entre humains. Ces liens se diffusent, évoluent, se modifient ou disparaissent.

Nous sommes entrés dans une forêt,
sous la pluie nous nous sommes perdus.
Recueillis sous un arbre pour ne pas prendre l’eau,
nous avons rapidement trouvé un endroit pour nous asseoir.
En attendant que cesse la pluie,
nous étions là au milieu de toute cette nature.
Je regarde à l’horizon, je vois tout ces troncs.
Je longe les troncs, je vois les branches.
Elles ne se touchent pas. Elles murmurent.
Sous mes pieds, les racines sont-elles aussi proches ?
Dans ce moment bref, je me demande,
Comment vais-je pouvoir partir de cette forêt en ayant gardé quelque chose d’elle ?

Hanna Selvi Dahan, Fissure, 2020-21 © Hanna Selvi Dahan

Séraphim Soupizet

BIstanblip

BIstanblip est un projet que j’ai développé en collaboration avec un étudiant ingénieur de polytech Lille.
C’est un projet ayant pour sujet l’impression 3D un médium relativement récent et qui sans être une singularité artistique, induit de nouveaux questionnements plastique. L’impression 3D est à la fois sujet et médium.
L’idée est de provoquer pour l’imprimante une opportunité de dépasser son statut d’exécuteur pour lui permettre de créer et d’ensuite raconter d’elle-même cette expérience de subjectivité.
Je décide donc d’imprimer une série d’amplificateurs sonores pour téléphone grâce à un modèle 3D déjà conçu, afin de diffuser à l’intérieur de ces derniers les sons cahoteux de leur propre création, les bruits de l’imprimante et ses réactions à mes sabotages créant une mélodie propre à chaque tirage. Les déformations des amplificateurs influencent le témoignage que ces objets font de leur naissance.
L’œuvre se déploie sous la forme d’une structure en bois composé d’une ossature centrale sur laquelle viennent se greffer deux “cabines” en plexiglas dans lesquelles sont disposés deux amplificateurs bossus imprimés pendant mes expériences, dans lesquels deux téléphones diffusent les enregistrements réalisés pendant l’impression des amplificateurs.

Séraphim Soupizet, BIstanblip © Séraphim Soupizet

Mathurin Van Heeghe

Orgue-barbarie

Note : D1, A1, D#3, F2, C3, C#2, F3, C2, D4, D2, D3, D#2, A3

Ce travail s’inscrit dans une démarche artistique dite “immersive”. Il m’aura fallu intégrer un atelier de facture d’orgues pendant deux années afin d’assimiler le langage technique et les outils nécessaires pour fabriquer l’installation en étroite collaboration avec les artisans de l’entreprise Cogez. Le projet Orgue de Barbarie, réunissant art et artisanat, a évolué dans une intention de transmission de techniques et langages manuels.
Il est l’occasion de donner à voir et entendre ces gestes et savoir-faire du passé.
Après trois années de collecte d’une centaine d’obus sculptés de la Grande Guerre, mon intention était de parler de cet objet, du moins “le faire parler”. Cette expression est employée dans le métier de facteur d’orgue à l’étape de l’harmonisation où les premières sonorités du tuyau d’orgue prennent vie.
La douille d’obus sculptée est un objet d’art populaire que nous avons pu toutes et tous entrevoir sur les cheminées de nos grands-parents.
Lors de la Grande Guerre, dans les rares moments d’accalmie à l’arrière des lignes de fronts, les soldats sculptaient ces douilles, les gravaient, martelaient, guillochaient, ciselaient, repoussaient. On retrouve sur ces douilles sculptées diverses formes végétales (feuilles de chênes, houx, lierre), animales (coq, chien, oiseaux) ainsi que des mentions pour des êtres chers (cœurs, prénoms). Ces gestes et ces représentations sont dits “naïfs”, reliés à l’art brut, et redonnaient poésie et humanité à la vie des soldats. Ils contrastaient avec la triste réalité de cette guerre et avec le fracas de ces obus qui réduisaient les plaines en un paysage lunaire.
Dans une démarche vernaculaire, teintée de ma sensibilité aux techniques, aux savoir-faire, au patrimoine matériel et immatériel, Orgue de Barbarie s’articule autour d’une transmission du geste, tant dans la fabrication que dans la réutilisation d’éléments d’orgues du XIXème siècle provenant notamment de l’Église de Versailles et de la Cathédrale de Mantes-la-Jolie.

Mathurin Van Heeghe, Orgue-barbarie, Installation sonore – Format variable – Matériaux mixtes, 2021 © Mathurin Van Heeghe

Date()s

28.10.2021 — 02.01.2022