FRAC Grand Large

Hauts-de-France

Jean-Julien Ney

L’art et la déconstruction, c’est une combinaison qui a fait ses preuves ! À partir de l’invention de la photographie au début du 19ème siècle, beaucoup d’artistes vont s’intéresser aux nouvelles technologies et les analyser pour mieux les détourner.

Parmi les exemples les plus connus, ceux de Man-Ray et de ses Rayogrammes. L’artiste surréaliste met divers objets sur du papier photosensible au contact direct de la lumière. Après un certain temps d’exposition au soleil, l’empreinte de ces derniers devient visible en négatif. L’objet est ainsi montré sous un nouvel angle et bouleverse notre perception de la réalité.

Jean Julien Ney met en scène un travail patient de déconstruction des technologies modernes plus ou moins obsolètes (allant de la photographique argentique à la caméra, en passant par la sténotype) pour ensuite les réassembler d’une nouvelle manière.

Prenons l’exemple de la sténotype. Ce clavier étrange, inconnu du grand public, permet de condenser les lettres et les syllabes afin de transcrire un message le plus rapidement possible. En mettant en scène cet objet de manière originale sous la forme d’une installation, Jean Julien Ney déconstruit non seulement une mécanique, mais également une forme de langage pour mieux les révéler au public.

Cette fascination pour le détournement des technologies liées au langage et à la communication, on l’observe également dans la collection du Frac Grand Large — Hauts-de-France chez l’artiste française Latifa Echakhch.

L’artiste crée avec A chaque stencil une révolution une installation-hommage à un procédé de reproduction aujourd’hui désuet, la ronéotypie. Ancêtre de la photocopieuse, le ronéotype utilise le papier carbone comme matrice contre laquelle sont frottées les feuilles à diffuser. Avec son installation constituée de milliers de feuilles de papier carbone, Latifa Echakhch réinvestit une mécanique particulièrement utilisée dans les années 1960 (pour la création de tracts politiques lors des manifestations de mai 1968) et l’inscrit dans le champ des arts plastiques.

Détourner et déconstruire devient de ce fait une manière de rendre visible le méconnu. Élevés au rang d’œuvre d’art, ces procédés techniques deviennent les témoignages originaux de la construction d’une modernité dont ils furent des jalons essentiels.